« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
Que l'on parle des problèmes, que l'on parle de ceux qui subissent les problèmes, que l'on parle de ceux qui essayent de les résoudre, que l'on parle de ceux qui leur mettent des bâtons dans les roues, l'on parle donc de ceux qui existent, qui trouvent un sens à leur vie, qui ont un but, une raison d'exister, une raison de se battre. Les problèmes médiatiques font vivre, font respirer, rendent puissant. L'homme se sent important, l'homme se sent fier d'avoir une place dans ce monde ; il croit se trouver une place dans la société. Il rentre dans une case, bien gentiment, bien tristement, sans s'en rendre compte. Mais on l'écoute, lui. Il peut s'exprimer, puisque les médias l'écoutent, puisque les médias font vivre cet homme nombriliste et arrogant. Ils parlent de l'homophobie, ils parlent des problèmes économiques, ils parlent de meurtres et de violence, ils parlent de guerre et de haine. Mais ils ne parlent pas du bonheur, ils ne parlent pas de ce qui pourrait faire sourire, ils ne parlent pas de la joie d'exister et de se sentir vivre. Du mauvais, toujours du mauvais, pour rendre hagard et désespéré, et donc plus malléable. Et il y a cette petite fille, au milieu de tout, qui ne comprend pas ce monde, parce que personne ne lui a jamais expliqué, parce que personne ne semble savoir comment faire pour se sentir bien, parce que les nouvelles technologies ont remplacé les champs de fleur et les hirondelles. Elle ne vit rien de tout ça, mais elle n'arrive pas à en être heureuse. Elle ne comprend pas pourquoi elle n'arrive plus à sourire, alors qu'elle ne manque de rien. Elle voudrait changer le monde. Elle voit tout, elle entend tout, mais personne ne lui dit quand les choses s'arrangeront. Alors elle estime que rien ne s'arrangera. La pensée d'une vie remplie de souffrances trouve sa place dans sa tête, parce que personne ne lui fait comprendre que la vie est belle, parce qu'elle s'enferme en elle en pensant fuir la nature humaine. Elle ne vit rien de tout ça, et pourtant elle vit tout, à travers l'oeil blafard des médias, à travers le regard qu'elle porte sur le monde. Et la petite fille voudrait crier au monde entier : "Ecoutez-moi ! Ecoutez-moi ! Pourquoi l'homme est-il foncièrement mauvais ?" Elle court après la réponse, ne rêvant que d'un monde utopique où le bonheur serait à la portée de tous, mais le monde réel la rattrape toujours, lui permettant de n'entendre qu'un murmure lointain, écho d'une vie vidée de son sens. Idéaliste dans l'âme, elle voudrait changer l'homme pour le rendre meilleur. Mais faible et sensible, c'est l'homme qui est en train de la changer.
C'est pas en dénonçant les choses qu'on les change, à bon entendeur.