« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
La barre est toujours fixée au maximum. La perfection est envisagée tellement régulièrement que ça en devient étouffant. Dans chaque geste, je choisis l'optimisation. Dans chaque pensée, il y a un relent de mérite et de réussite. Dans chaque mot écrit, il y a la recherche d'une pierre précieuse polie de la manière la plus parfaite qu'il soit. Si même ma bulle d'air l'écriture devient permissive, il ne me restera bientôt plus rien pour me libérer de l'emprise de cet orgueil dévorant. Une boule d'angoisse se loge dans le chaud de ma poitrine. Bientôt je ne vivrais plus, à force de vivre dans le futur des choses bien faites. Et je ne vis déjà plus les choses du présent, par le regard postérieur que je m'impose d'avoir. Et le coeur fait si mal à force d'être serrer. Chaque battement de cœur est tellement intense qu'il se ressent à l'extérieur. L'autre dormant au bout du monde pourrait se réveiller en l'entendant. Alors je l'étouffe en oubliant, de plus en plus difficilement, de moins en moins souvent. La paix intérieure, je ne demande qu'à l'atteindre. Je ne l'aperçois même pas dans ce noir si étouffant. Aucune lumière, aucun souffle de renouveau. Alors je ferme les yeux pour croire innocemment que je suis la seule créatrice de cette obscurité. Mais ce n'est qu'un vulgaire leurre qui me fait retomber de plus bel dans les profondeurs sombres de mon âme. Que quelqu'un vienne me chercher avec une lampe et m'éclairer sur le chemin de ma vie. Je l'attends. Sans grand espoir.