« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
Dans un moment de complicité avec moi-même, un moment de solitude entouré de l’obscurité de ma pensée. Mais accompagné dans les ondes dégagées par mon esprit, je ne suis pas tranquille. Impression d’être lue de l’intérieur, rien qu’avec l’expression de mon visage éclairé par la faible lumière. Sentir ses membres tendus, en alerte, par peur de se dévoiler. Et pourtant, je n’ai aucun voile sur moi, cette expression est absurde. On ne se dévoile pas, on se montre, on se regarde dans les yeux de l’autre, et c’est surtout ça qui fait peur. La peur du regard des autres, la peur que l’autre connaisse qui l’on est réellement. Avoir confiance en soi, c’est déjà difficile, alors avec les autres, c’est plutôt un combat avec soi-même, un conflit intérieur qui se propage à tout le corps, à tout l’esprit, à toute l’âme. Ai-je vraiment choisi mon corps ? Je vais finir par y croire, à toute cette sorcellerie. Se sentir grandi, juste parce que mon âme s’élève, ou bien parce que mon cerveau apprend, encore et toujours. Je ne sais pas si je veux vraiment connaître la réponse. Nous ne sommes qu’une grosse machine au service de puissances supérieures qui nous dépassent tous. On ne peut dire que l’on connait tout, on ne peut juger ce que l’on ne connait pas, ce serait se surestimer. On peut juste acquiescer devant l’esprit fatalement vivant. Les épreuves sont comme des milliers d’épines qu’on lancerait à sa conscience. Fatiguer de devoir attendre l’échéance. On ne sait pas où l’on va, on en saura jamais rien, et pourtant, c’est ce qui nous fait vivre. Cette absence de connaissance, ce trou dans la science, cette déficience intellectuelle. C’est ce qui nous touche, parce que l’inconnu nous fait peur, à tous. C’est pourquoi l’homme cherche toujours plus à rester en vie, parce qu’il se complait dans ce qu’il connait, parce que le vide l’inquiète. Le vide, c’est comme la solitude, c’est comme ce sentiment de se sentir tomber, parce que lâché de l’extérieur et de l’intérieur. De l’extérieur par ses proches, de l’intérieur par soi-même. Parce qu’on sait que l’on n’est pas à la hauteur, ou plutôt parce que la volonté manque, et que la confiance est perdue depuis longtemps. Aussi. Je ne jugerai personne, c’est faux. On juge tous, fatalement, parce que notre esprit pense sans cesse, et on ne peut l’empêcher de penser sur les autres. Ce ne serait pas être humain. Le tout est d’essayer de se contrôler, de relativiser ce que l’on sait, et de prendre du recul sur son jugement.