« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
En vérité, tout ne va pas, rien ne s’améliore. Pourquoi tant de peines ? Tant de déceptions ? Tant de craintes et de douleurs ? J’ai tellement de mal à me contenir, tellement la gorge me fait mal à force d'être nouée. Je n’y comprends rien, ma vie est en bascule constante. Je ne trouve plus la paix, tout me semble difficile, sûrement parce que tout est difficile. Je ne trouve plus la motivation. Je ne trouve plus rien qui en valle la peine. Cette période de l’année ne me réussit jamais vraiment. La tête en ébullition, le cœur en confusion, les larmes de glace figées sur les joues du désespoir. Un saut dans le vide est envisageable, un saut de renouveau, une métamorphose pour que la peau de l’angoisse se sépare du reste, pour laisser place à quelque chose de neuf, intérieurement satisfaisant. Parachute ending… Sentir l’air sur la peau, je déteste ce vide, sentir le cœur tombé, je déteste cette sensation. Mais je plonge bientôt, le renouveau doit être établi par cette étape. De ces nuages où je me trouve actuellement, il me faut redescendre. L’escalier se finit, il me faut maintenant sauter. Délicate phase de changement intérieur, brutale, et effroyable. Le vide, le changement, c’est du pareil au même. On ne peut apercevoir la fin de cette étape. Il me semble que l’eau est l’issu fatal, puisque la liberté s’impose résolument quand je m’y trouve. L’eau, profonde, singulière, pénétrante. Aucun son, de simples gestes, aucune futilité, aucun mouvement violent, tout étant minutieusement pensé, pour réussir à avancer convenablement, sans problème. Et pourtant, malgré cette certitude que je m’impose à moi-même, je peine à croire à la délivrance. Le changement fait inévitablement peur. A chaque instant de faiblesse, mon corps entier se rétracte. S’il me fallait utiliser une image : je serais un escargot, le changement le doigt de l’enfant s’amusant à toucher son œil, et sa réaction la réaction que j’ai face à l’angoisse que me fait ressentir ce geste. Peur additionnée du mal que je ressens en recevant ce coup. C’est absurde. Un escargot ne se rétracte pas par peur du changement, c’est un simple instinct de survie. Et pourtant, mon comportement pourrait s’apparenter à un instinct de survie : se cacher pour mieux éviter les problèmes de la vie. On verra qui gagner à ce jeu, la vie ou moi ? Le verdict est connu d’avance. Pourtant, on essaye tous un jour ou l’autre de jouer à ce petit jeu avec la vie. Celui qui nous dicte une attitude de faiblesse, de fuite incessante, d’envie de partir loin, le plus loin possible pour se sentir en paix avec soi-même et avec le monde. Partir avec mon van, avec mon envie de découvrir le monde, pour vivre ma vie pleinement, pour ressentir le souffle de la vie couler en moi, pour sourire à la beauté du monde, et voir mes yeux s’illuminer dans l’eau d’une flaque. Parce que l’on ne devrait avoir besoin de rien d’autre. La vie ne tient qu’à un fil, pourquoi tant de peine pour si peu ? Ne me demandez pas d’être cohérente, je ne pourrais même pas expliquer la tornade de sensations qui m’habite et me malmène, changeant de bord à chaque instant, cherchant un vent nouveau à convertir, pour mieux me mettre à terre. Ne cherchez pas à m’atteindre, je me suis cachée au plus profond de mon moi intérieur, pour éviter toute peine inutile. Je ne vis pour rien, je n’existe plus, je meurs à petit feu. Parce que je me suis détruite toute seule, à jouer avec le feu de la vie, j’ai fini par en être consumée moi-même. Tout intérioriser. Tout faire ressortir sous la forme de larmes. Si explicite, si inutile, si abject. Plus aucune confiance, plus aucune envie. Pathétique. C’est ce que je suis.