« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
Immersion, inversion, temple dépravé comme le passage du temps. Impression d'incompétence, outrage au taux d'alcoolémie, et doutes sempiternels. Ce moment où tout redevient, alors que tout a changé, et que le ressenti nous comble. La guerre ne commence qu'après la pluie d’antan, et ne se terminera qu'une fois les sables du temps rendus aux résistants. Les clefs en main, tout finit de but en blanc anesthésier par les poussins roses de l'étang gelé. Je ne demande que la résilience, sans prendre résignation pour argent comptant. C'est une aberration de non sens que d'espérer le printemps après les éphémères glaces d'été. Le blase est parmi nous, blason d'une époque moderne pourtant sous peu démolie. Nos coeurs deviennent soupe au lait, après mille ans de combat solitaire inavoué. L'attente ne remplit pas le ventre, le rendant gros et flasque, inerte et dépossédé. Une journée qui passe comme une coupure de courant, aussi vite qu'un éclair au chocolat dans le ciel lacté d'un mois de mars. Qui n'a jamais rêvé d'un arrêt sur image pour souffler ? Oublier tout, devenir statut de plomb, de sel ou de gaz, l'élément importe peu, tant qu'il se matérialise un jour. Je me suis contentée de me lever aujourd'hui, et c'est déjà pas mal. De me lever, et de contempler mon ennui par la vitre encadrée de barreaux rouillés d'un blanc nacré. Contempler ma passivité à travers la check list à moité complétée. Du rose parsème mes cahiers, sans avoir le goût sucré de la barbe à papa. J'ai pas eu envie de vendre du muguet aujourd'hui, parce que je n'aime pas les fleurs, et leur parfum. Une caserne de pompiers toute rouge tomate, comme le ballon spécialement envoyé en l'air pour le plaisir de le crever, et d'entendre son bruit de décompression atmosphérique. Destinée incertaine, mais réelle. Que demander au tuyau d'arrosage ? Rien de plus, vraiment. Allégresse du temps où les chaussures frémissaient de plaisir à éclabousser les autres de boue. Scepticisme du temps où les converses ont remplacé les bottes. Tristesse du temps d'aujourd'hui, où les chaussures ne comptent plus, parce qu'elles ont conscience de coûter bien trop chères. Je ne veux contempler rien d'autre que ma réincarnation en vent frais du désert, pour me sentir enfin réellement libre. Depuis quand les questions existentielles me parlent-elles ? Un temps incertain, lointain, mais bien trop long, trop prégnant, trop croissant. Le câble et la corde se nouent pour ne plus rien lâcher, pour permettre la traversée sur le fil, et du plaisir à revendre, en équilibre. Grandiose parcimonie des gouttes de pluie qui fondent tous des icebergs, et la clarté des abeilles retrouvée après une minutieuse récolte suffocante. Elles toussent, à retrouver leur trou de plus en plus en péril. L'île n'est plus très éloignée du bord, l'oeuf crétin a tout éclaboussé par pur dépit. Un pavé de plus, et c'est la noyade assurée. La chaîne résiste aux coups bas de l'espadon, s'attache sans frémir à l'algue altérée grisâtre et visqueuse, son boulet finissant par écraser la tête de la statut engloutie. Les bulles d'aires qui sortent de la bouche du saumon viennent se briser sur la roche mousseuse du fond marin. Une journée en apnée, et le reste suivra bien un jour ou l'autre, quand on aura fait le tour du vide existentiel, enfin.