« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
Je suis éveillée, comme jamais. Pourtant la fatigue pesait sur mes yeux depuis ce matin. L'eau est ce qui me permet de me sentir dans le monde, comme appartenant à son cycle, pour de vrai. Sans fumée, sans impression d'irréalité de mon être physique. Le soleil fait sourire, donne envie de vivre dans cette réalité floutée. Les larmes ont disparu, la peur doit partir avec. Remplacées par cette envie de manger le monde, perdue depuis longtemps, retrouvée au fond des ténèbres. Les vagues de brouillard ne se dissipent pas pour autant, tout se mêle dans ma tête. Pour ne pas le voir, il faut ne pas y penser, et pour ne pas penser, il faut vivre. Vivre, voir le monde, ne penser qu'aux choses visibles, qu'aux sons entre-entendus parmi les bruits de la rue. Les oiseaux chantent de nouveau, la musique ne me quitte toujours pas, sans me mettre à terre, pour la simple recherche de la délivrance. Besoin de m'envoler, pour me sentir véritablement vivre, grâce à cette montée de chaleur euphorique qui coupe le souffle. La nature m'apaise, sans colère, fermant les yeux sur toutes ses contraintes. Ma haine sort à travers cette musique, à travers leur haine, transformée en courage par la rage engendrée. Il ne faut plus y penser, et pour éviter la frustration, il faut vivre. Et cela commence par un arrêt progressif du processus d'écriture. Je dois m'éveiller au monde, le voir dans toute sa splendeur, le ressentir de toute part, dans ses moindres recoins. Je dois m'ouvrir à la vie. Parce qu'elle est unique.