« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s’interrogent inlassablement sur sa définition : mais pour nous la question est plus simple. »
C’est cela être adulte ? Se sentir toujours en insécurité, courber le dos d’avance par peur des coups futurs, se sentir vulnérable dans ce monde civilisé pire que la nature, se sentir oppresser parmi les individus de cette espèce, se nuisant entre eux plus que des loups dans une meute ? Si c’est cela, autant être un poisson dans un bocal, les chances de survie y sont multipliées par 10, au moins. Comment réussir à effacer cette nouvelle sensation désagréable ? C’est comme si je ressentais un besoin de me préserver, comme si mon cœur était pressé d’avance pour ne pas avoir mal, comme si je me protégeais sans trêve. C’est cela même, je ne me sens pas bien dans cette ville, parce que je ne m’y sens pas en sécurité. Sans cesse en alerte sur tout, je fais attention, pour survivre. C’est comme si tous mes sens étaient en éveil, comme une sorte d’instinct animal. Pour survivre - et bien plus – pour avancer sans trébucher, je porte de l’attention à tout ce qui m’entoure, mémorisant chaque comportement, chaque personnalité, pour choisir la meilleure approche, ou la meilleure fuite. Je ne veux pas que vous me détruisiez, je ne pleurerais pas. En fait, un bouclier invisible formé par mon esprit se créait peu à peu. Rentrer dans la vie d’adulte, et y survivre, c’est savoir que l’on est vulnérable dans ce monde, se rendre compte de ses faiblesses, pour en faire une force invincible. Je m’endurcis, peu à peu, je grandis parmi les ronces qui m’écorchent et les serpents qui cherchent à me mordre à la moindre occasion, à la moindre ouverture de ma part. Mais je n’ai pas peur, puisque je suis en alerte, puisque je vois tout, puisque je cherche à tout analyser, pour mon bien. Je suis parrée à toute menace, je suis une guerrière au service de ma propre personne, parce que personne ne le sera pour moi. Je me prépare à affronter ma vie future, qui sera bien pire que tout ce que j’ai vécu jusque là. Il faut le savoir, et en tirer des conséquences : je me prépare à réussir ma vie comme il se doit, parce que c’est le seul but envisageable. Parce que la vie vaut la peine d’être vécue pleinement, peu importe la façon, peu importe la raison. Simplement vivre. Pour soi. Et pour sa trace future laissée sur le monde.